Coups de coeur de Charybde 3

Sous la Colline

Sous la Colline

Sous la Colline
de David CALVO
ed. LA VOLTE

La mention du Corbu fait chavirer les cœurs. Toujours, cette romance du créateur suprême, celui par qui tout a été possible. Le Gris. Qui peut aujourd’hui prétendre savoir ce qu’il y avait en lui ? Une âme torturée, rationnelle jusqu’à la nausée, qui n’avait jamais exclu l’impossible désir de se tromper. Un homme de contradictions. Un homme qui avait passé sa vie au chevet de son œuvre, persuadé de pouvoir changer le monde en le réduisant, lui imposant une norme idéale qu’il avait déduite de ses études, de son instinct. Un visionnaire borgne – amblyope – qui voulait refaire l’humanité à son image.

Début 2012, un incendie frappe la cité Le Corbusier à Marseille. Une fois le sinistre maîtrisé, on découvre un étrange placard non répertorié sur les plans : les habitants appellent donc l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) pour voir de quoi il retourne. C’est Colline, membre de l’institut, qui prend le coup de fil et se rend sur les lieux. Elle y fait une découverte étonnante qui réveille des secrets et des forces enfouis depuis fort longtemps…

Etrange et fascinant. Voilà les deux mots qui viennent à l’esprit à la lecture de Sous la Colline. David Calvo immerge son héroïne (et le lecteur) dans un lieu a priori parfaitement balisé. Mais il en sourd une atmosphère tout à fait particulière où l’esprit de son génial et controversé créateur semble avoir convoqué des puissances millénaires. Le Corbu s’y transforme peu à peu en un creuset où les mythes grecs et chrétiens se conjuguent aux forces de la Nature. Où les principes féminins immémoriaux semblent avoir imprégné l’esprit de l’architecte.


L’écriture de David Calvo, toute en contrastes et fulgurances, tour à tour précise et flottante, poétique et elliptique rend magnifiquement cette ambiance onirique. Ce quasi huis-clos au sein de la cité, véritable visite guidée de ses coutumes et de ses mystères, n’a rien à envier aux plus étranges fantasy urbaines. N’y manque presque qu’une traditionnelle carte que Colline – et c’est bien là le cœur du roman – ne peut qu’essayer de deviner pour accéder à l’essence du lieu.


Une deuxième quête vient ici se greffer aux mystères de la cité. Celle, plus personnelle, plus intime, de Colline, personnage à la recherche de son identité, de sa féminité récemment assumée mais pas encore conquise. Tout en délicatesse et en pudeur, David Calvo décrit la naissance de cette personnalité, son épanouissement qui va faire étrangement écho aux forces qui se réveillent… 

Roman troublant, inclassable, Sous la Colline exsude une atmosphère unique qui imprègne durablement ceux qui  acceptent de s’y abandonner.

Stardust

Stardust

Stardust
de Nina ALLAN
ed. TRISTRAM

Icône du cinéma d'épouvante, l'actrice Ruby Castle semble exercer un étrange pouvoir de fascination sur ses admirateurs et les personnes qui l'ont cotoyée. Ce sont ces réminiscences, ces traces infimes qui imprègnent et hantent ce Stardust...

 

Après le magnifique Complications et ses variations temporelles enchevêtrées, Nina Allan revient avec un second recueil de nouvelles qui joue là aussi sur des correspondances, des liens plus ou moins ténus qui tissent une véritable toile. Prises séparément, chacune des nouvelles frappe très fort, abordant le glissement vers le fantastique par un biais très quotidien, plongeant sans complexe dans le récit d'épouvante ou d'horreur (à ce titre, La porte d'avenir est une véritable merveille du genre semblant muter de lui-même au fil de la lecture...) ou s'offrant une étonnante escapade vers un texte de SF de la plus belle eau dans la nouvelle titre.

 

De Ruby Castle en elle-même, il n'en sera pour ainsi dire pas directement question mais peu à peu, les indices, les correspondances plus ou moins ténues forment un portrait en creux qui donne véritablement le vertige, invitant à la relecture dès la dernière page tournée. Mais cet art de la construction n'étouffe jamais l'émotion tant la plume de Nina Allan sait se faire acérée pour exposer les sentiments et incarner des persoonages tous éminemment humains dans leurs faiblesses.

 

On ressort étourdi, bousculé, soufflé de ce deuxième recueil, confirmation éclatante du talent d'une déjà très grande auteure.

 

La première fois que je vis Leonie Pickering, elLe était plantée au bord de l'A419 juste avant la sortie Cirencester-Est. Quelqu'n l'avait étiqutée comme un colis en griffonnant son nom en majuscules noires au dos d'un vieil emballage de corn-flakes attaché autour de son cou avec un bout de ficelle? Il n'y avait pas d'adresse de retour.

La Divine Chanson

La divine chanson

La divine chanson
de Abdourahman A. WABERI
ed. ZULMA

Quel parcours ! s'exclamera-t-on en écarquillant les yeux. Tout comme moi, Sammy est resté le même et un autre à la fois. Cependant un seul trait de sa personnalité n'a pas changé. Il a soif d'idéal comme au premier jour. Et jusqu'à cet instant, où sur son lit d'hôpital il a rendez-vous avec son Seigneur. La soif d'absolu est tout à la fois sa sève et la source de ses tourments.

Avec nous, tout commence par une chanson et tout finit par une autre chanson. Entre-temps, les corps se mettent en mouvement comme sur un claquement de doigts, tournoyant allègrement au rythme du Vivant.

 

Ecoutez la grande et belle histoire de la légende vivante que fut Sammy Kamau-Williams ! Une histoire contée par Paris, étrange chat aux neuf vies et multiples propriétaires et qui accompagna les dernières années de celui qui fut poète, chanteur de soul/jazz, acteur de lutte pour les droits des Afro-américains et tant d’autres choses encore.

Mais qui fut aussi un homme poursuivit par ces démons, rongé par la drogue et dont chaque renaissance artistique tenait du miracle…

 

Si Abdourahman Waberi n’utilise pas ici directement le nom de Gil Scott-Heron et le recouvre d’un pseudonyme transparent, c’est pour mieux clamer sa volonté de rester dans les territoires de la fiction.

Sa Divine Chanson parvient miraculeusement à concilier une totale subjectivité de point de vue avec un grand respect de la véritable biographie de l’artiste (insistant notamment sur la place importante que les femmes ont tenue dans sa vie). Et si son étonnant narrateur emprunte parfois de sinueux chemins de traverse, c’est pour mieux revenir sur la lutte des Noirs pour leurs droits civiques, égratigner d’un coup de patte le « règne » de Michael Bloomberg à New-York ou évoquer la trajectoire étonnante du père de Gil Scott-Heron…

Le tout dessine une mosaïque qui parvient à rendre le charisme, l’aura propre aux artistes hors du commun (magnifiques passages évoquant les ambiances des derniers concerts) tout autant qu’à réinscrire la trajectoire d’un homme intègre et intransigeant dans le contexte d’une époque.

Un roman superbe qui donne une furieuse envie de réécouter d’une traite toute la discographie du grand Gil.

L'affaire des vivants

L'affaire des vivants

L'affaire des vivants
de Christian CHAVASSIEUX
ed. PHEBUS

Charlemagne ressent une excitation qui est une sympathie pour l'idée même de ce manège infatigable; il décrète aussi que sa carrière l'emportera ici, pas tout de suite mais dans quelques années, au milieu de sa vie peut-être, pour un départ de plus, une frénésie. Ici, dans ce tourbillon qui agite encore les quais de gare, au milieu des rouages et des grondements, parmi la foule, sous le glacis de la grande marquise à Perrache, il se trouve chez lui, plus à l'aise qu'à Saint-Elme et à Mérives. Ici est son destin, il le comprend avec une intelligence renouvelée, après l'amollissement du trajet.

 

Le Second Empire est mort, Vive Charlemagne!

Né en 1850, ainsi bizarrement (et prémonitoirement) prénommé par son grand-père, Charlemagne Persant grandit misérablement dans une famille paysanne des environs de Lyon. Bridé par cette pauvreté qui lui interdit toute éducation digne de ce nom, il fait cependant montre très tôt d'une intelligence et d'un sens des affaires hors du commun. La défaite de Sedan et la proclamation de la IIIe République vont enfin lui permettre de s'élever socialement et de bâtir son propre empire commercial...

Il fait bon se plonger dans cette Affaire des vivants. Christian Chavassieux y déploie une langue ample et gourmande, attentive aux expressions, aux paysages et ressuscitant par petites touches impressionnistes le vécu de l’époque. On y découvre ainsi l’effervescence d’un monde en plein essor industriel, les prémices des luttes sociales, le déclin du monde campagnard qui s'annonce déjà. Tout ceci au fil d'un récit humain, attentif au moindre personnage, à la plus petite silhouette et qui glisse, sans avoir l'air d'y toucher, des questionnements de société qui résonnent avec autant de force près d'un siècle plus tard.

Et puis, pivot du roman avec toutes ces contradictions et ces fulgurances, provoquant à la fois admiration et répulsion, ce Charlemagne ambigu et féroce interroge magnifiquement notre rapport à la figure du tyran. 

 

Derrière ses allures de roman populaire, L'affaire des vivants s'appuie sur  la puissance et le plaisir romanesques pour mieux sonder notre société et les rapports aux pouvoirs.

Kinderzimmer

Kinderzimmer

Kinderzimmer
de Valentine GOBY
ed. ACTES SUD

Quand elle retournera dans cette classe, au lycée, Suzanne Langlois dira exactement cela : il faut des historiens pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l'expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent.

 

C'est bien à ce dernier défi que se frotte Valentine Goby dans Kinderzimmer. Raconter, imaginer l'expérience concentrationnaire sous un angle totalement déstabilisant : celle d'une captivité vécue au quotidien, vue sous l'angle des sensations, des sentiments qui vous assaillent en foule. La peur, la désorientation des premiers heures, la promiscuité, la découverte des règlements et du langage créé de toutes pièces par des détenues venues des quatre coins de l'Europe. Le corps qui se transforme et souffre au fil de la faim, des brimades, de la folie et du sadisme des tortionnaires.

 

Et puis, aussi, les menus actes de résistance face à l'ennemi, preuve qu'on existe encore, malgré tout. Les amitiés qui se nouent pour pouvoir se raccrocher à  un espoir d'humanité. Les nouvelles qu'on essaie de glaner, de voler presque pour savoir si, enfin, la guerre va prendre fin.

 

Et surtout, pivot, point focal du récit, ce corps dont à 20 ans on ne sait presque rien, et qui va donner la vie.

 

Devenir mère à Ravensbruck...

 

Loin, forcément et heureusement très loin des oeuvres autobiographiques qu'ont laissé Charlotte Delbo, Primo Levi ou autres Jorge Semprùn, Valentine Goby emprunte les chemins de traverse de la fiction et réussit un petit miracle d'équilibre : évoquer l'insoutenable sans jamais oublier l'espoir et la lumière.

Dans l'ombre de la lumière

Dans l'ombre de la lumière

Dans l'ombre de la lumière
de Claude PUJADE-RENAUD
ed. ACTES SUD

Avant de devenir le philosophe et théologien que l’on sait et de laisser à la postérité des écrits tels que ses Mémoires ou La cité de Dieu, Saint Augustin eût jusqu’à la trentaine une existence finalement assez classique pour un jeune homme de sa condition et de son éducation : amoureux d’une femme aux côtés de qui il vécut pendant plus de dix ans et qui lui donna un fils, il n’embrassa la religion catholique qu’après une longue période de doutes et de déchirements intérieurs.

Et si l’Histoire ne retient aujourd’hui que la figure révérée du penseur et du religieux, c’est bien évidemment à cet amoureux que Claude Pujade-Renaud s’attache dans son récit en adoptant le point de vue de l’amante répudiée, la belle Elissa. Manière saisissante de redonner consistance à l’icône et de rappeler qu’avant de laisser un corpus théorique considérable, Augustinus n’en fut pas moins capable d’aimer au sens le plus charnel du terme, de douter, d’embrasser une autre croyance (le manichéisme) ou de rejeter la femme adorée pour de basses considérations d’ambition. Et de rappeler que cette œuvre considérable s’appuie avant tout sur un vécu et des contradictions des plus humaines.

On devine très vite que l’attention et l’attachement de l’auteur vont à la belle Elissa, personnage lumineux, orgueilleux, brisé par cette séparation mais qui se reconstruit au fil des années et confronte ce qu’elle sait de l’amant avec le personnage public. Cela donne un récit solaire, sensuel, où l’acuité du regard que porte Claude Pujade –Renaud sur les émotions et les sensations (l’odeur d’un nouveau-né, le goût des fruits, le travail de poterie…) fait merveille. Chaque personnage, même secondaire, acquiert une épaisseur remarquable. Cela permet, très naturellement, de faire en sorte que celui qui aurait pu écraser le roman par sa stature, trouve sa vraie place : celle d'un humain, d'abord et avant tout.

 

"J'avais envie de crier à tous des fidèles : si vous saviez combien l'évêque d'Hippo Regius fut un merveilleux, infatigable amant ! Oui, leur crier cette vérité à ces bons catholiques en quête d'une divine vérité et qui allaient ensuite déambuler dans l'humidité sensuelle de l'été, chanter, danser, se soûler puis baiser dans le lit conjugal ou dans quelque couche clandestine. Un merveilleux amant durant près de quinze ans. Et dans la fidélité l'un à l'autre."

Le jardin dans l'île

Le Jardin dans l'île

Le Jardin dans l'île
de Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD
ed. ZULMA

On trouve de tout dans ce petit recueil qu’est Le Jardin dans l’île.

On y tombe amoureux dans des circonstances pour le moins particulières (« La Nuit des voltigeurs », « Le Jardin dans l’île »). Les hommes y sont fréquemment brisés par la vie mais retrouvent, au gré des circonstances, un peu de leur superbe (« Figure humaine », « L’enclos »). Les femmes y sont magnifiques, parfois mystérieuses, le plus souvent aimantes et maternelles (« Figure humaine », « Le Jardin dans l’île »). Et puis, au gré des circonstances, le lecteur peut y faire la connaissance d’un mystérieux courtier capable de dénicher l’objet de vos rêves (« Le courtier Delaunay ») ou louer une propriété pour le moins… particulière (« L’inhabitable »).
 
La nostalgie y a souvent sa place, qu’elle se réfugie dans le bouquet d’un vin (« Château Naguère ») ou des souvenirs d’enfance heureusement fantasmés (« L’enclos »), même si elle est souvent contrebalancée par un humour tranquille, dérapant parfois dans l’absurde (« L’importun »).
 
L’élégance et la classe de l’écriture de Georges-Olivier Châteaureynaud s’y déploient en toute évidence, son impeccable sens du rythme et de l’atmosphère y font merveille pour graver cette collection de miniatures dans l’esprit du lecteur.
 
Et, comme pour parachever l’ensemble, l’auteur s’y permet le luxe d’une dernière novella qui n’a rien à envier aux meilleures épopées de fantasy, commençant comme une fresque guerrière et se refermant en huis-clos dramatique au sein d’une forteresse inaccessible (« Zinzolins et Nacarats ») .
 
Oui, décidément, on trouve de tout dans Le Jardin dans l’île. Et surtout la certitude que Georges-Olivier Châteaureynaud est décidément un très grand écrivain, probablement jamais aussi à l’aise que dans la miniature. Un immense petit recueil.
 

La servante et le catcheur

La servante et le catcheur

La servante et le catcheur
de Horacio CASTELLANOS MOYA
ed. METAILIE

Sous ce titre improbable se cache un roman coup de poing, témoignage dévastateur des exactions commises lors de la guerre civile au Salvador, à partir de la fin des années 70.

Le Viking, ancienne gloire nationale du catch, s’est très tôt reconverti au sein de la police d’Etat et des escadrons de la mort. Il y a exploité ses « talents » physiques pour participer à de multiples arrestations d’opposants mais traîne maintenant comme un boulet ses souvenirs de célébrité et un cancer qui le ronge de l’intérieur depuis plusieurs mois. Le voilà embarqué dans une expédition de plus pour capturer un jeune couple d’ennemis au régime en place. Une opération a priori anodine mais qui va le remettre en contact avec Maria Elena, une servante qu’il a croisée et courtisée plusieurs années auparavant…
 
Dès les premières lignes, Horacio Castellanos Moya plonge le lecteur au cœur de la violence et installe une tension impressionnante. Les tortionnaires y sont des fonctionnaires comme les autres, faisant le sale boulot sans arrière-pensée ni remords. La narration change successivement de point de vue, s’attachant d’abord au Viking et à Maria Elena mais impliquant ensuite des proches de cette dernière. Manière habile de montrer aussi comment les choix politiques qui se firent lors de ces années sanglantes vont faire exploser des cellules familiales qu’on aurait pu croire unies.
 
Et si l’auteur fait parfois surgir la violence au coin d’une rue ou dans des résidences pavillonaires anodines, il faut aussi souligner avec quelle retenue il évite les scènes gores ou racoleuses. La violence est palpable, elle innerve le récit et donne toute son intensité au livre mais Horacio Castellanos Moya se garde bien d’aller dans la surenchère.
 
Il offre au final une peinture saissante de ces années d’horreur, traversée par la silhouette inquiétante du Viking. Une silhouette que l’on n’est pas près d’oublier.
 

Le Cœur cousu

Le Coeur cousu

Le Coeur cousu
de Carole MARTINEZ
ed. GALLIMARD

« Mon nom est Soledad.

Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d’enlacer et de grandes mains inutiles.

Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu’il m’est passé dans le sang.

Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.

Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l’écoulement sableux qui me traverse.

LA TRAVERSÉE

Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert. »

 

Il est peu de romans qui vous happent ainsi dès les premières lignes pour ne plus vous lâcher. Qui empruntent sans a priori, avec la plus grande évidence, les chemins du réalisme magique. Qui parviennent à enluminer le quotidien des dorures les plus étranges.

Le Cœur cousu est de cette race-là.

Narrant les souvenirs de Soledad, benjamine d’une famille dont la mère, Frasquita, a hérité d’une bien mystérieuse boîte à couture, il suit les errances de la lignée des Carasco à travers une Espagne déchirée par les guerres intestines . Et si le décor y apparaît des plus réaliste, tout ici se pare avec un naturel parfait des atours du fantastique et du conte.

Ne vous étonnez donc pas de croiser en chemin un homme qui se prend pour un volatile, un curieux enfant aux cheveux rouges ou une femme au baiser mortel, d’y voir faner la plus magnifique des robes de mariée le jour même de la noce, d’y parier l’avenir d’une femme sur l’issue d’un combat de coq, de jouer une partie de cache-cache mortel avec un Ogre au sein d’un labyrinthe. Ou même, parfois, d’y voir ressusciter les gens...

Il vous suffit de laisser Carole Martinez vous prendre par la main et vous guider. Elle connaît très bien le chemin et vous ne regretterez pas le voyage…

[... et Charybde 1 confirme.]

Le dernier lapon

Le dernier lapon

Le dernier lapon
de Olivier TRUC
ed. METAILIE

Le dernier Lapon

Le dernier Lapon
de Olivier TRUC
ed. SEUIL

Premier roman d’Olivier Truc, Le dernier Lapon nous plonge d’emblée au cœur d’un monde et d’une culture pour le moins particuliers.

Klemet et sa jeune partenaire Nina travaillent en effet en Laponie… à la police des rennes. Chargés de régler les litiges entre éleveurs et de veiller au respect des règles très spécifiques liées à l’élevage des rennes, ils sont sans cesse confrontés à un microcosme tout à la fois nourri d’une histoire séculaire et confronté aux réalités plus immédiates de la rentabilité et de la mondialisation.

Le jour même de la fin de la période de nuit polaire, un très vieux tambour shaman est volé au musée auquel il venait tout juste d’être restitué. Symbole d’une culture et d’une histoire largement bafouée par les sociétés modernes, sa disparition provoque aussitôt de vives tensions et fait resurgir de manière étonnante des événements oubliés depuis des décennies…

 

D’emblée, le pari du polar ethnologique est gagné. Si le risque est toujours grand de se retrouver devant un décor de carton-pâte aux vagues relents exotiques, le roman nous plonge dans la culture lapone dès les premières pages pour n’en plus ressortir. La dureté et la beauté des paysages, la richesse de cette culture millénaire nourrissent le récit et c’est peu dire que l’auteur maîtrise son sujet. Certains personnages (Aslak en particulier)  recèlent une altérité tout à fait fascinante par rapport à nos canons occidentaux.

Olivier Truc a également l’intelligence de centrer son intrigue sur un élément symbolique très fort et très particulier de cette société, éloignant ainsi Le dernier Lapon des sentiers battus. Pour le reste, le récit est mené de main de maître avec son lot de rebondissements soigneusement dosés et une montée en puissance digne des très bons écrivains du genre.

 

Un thriller étonnant, profondément dépaysant et hautement recommandable.