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Mort et vie de Lili Riviera

Mort et vie de Lili Riviera

Mort et vie de Lili Riviera
de Carole ZALBERG
ed. ACTES SUD

«Ce serait un conte.

On retrouverait le corps sans vie de Lili Riviera. Son visage et ses reliefs improbables, œuvre folle des bistouris, luisant comme une cire tiède dans la pénombre. Ses seins énormes flottant bêtement ; non plus des masses chaudes qu'on aurait voulu caresser, masser, soupeser, mais deux ballons perdus sur l'océan satin des draps.»

Inspirée par la vie de Lolo Ferrari, Carole Zalberg raconte, dans ce roman de 2005, le destin au départ terriblement banal d’une enfant mal aimée, la trajectoire tragique d’une femme transformée en objet sexuel à coups de bistouri, créature «charcutée» pour provoquer le désir – devenue monstre de foire suscitant à la fin surtout écœurement et rejet.

Ce roman qui démarre aux deux bornes de la vie de Lili Riviera, sa mort et son enfance, est au départ pesant : les traits outrés de l'histoire sont posés d'entrée de jeu. Et puis, touche par touche, à la façon d’un peintre, Carole Zalberg donne de la profondeur, de la subtilité à ses personnages, évoquant les démons intérieurs de Lili, l’absence du père, cet homme presque invisible, ses amours destructrices, et aussi l’amitié qui la lie à Cédric, son ami depuis le collège, au destin parallèle moins voyant mais tout aussi fatal.

Au cœur du voyeurisme sans en avoir aucun, «Mort et vie de Lili Riviera» renoue les fils de cette trajectoire entre sa fin et son enfance, et les failles de l’enfant rejoignent le gouffre ultime quand Lili Riviera, entraînée par sa volonté d’être absorbée dans le désir des autres, se laisse disparaître dans son corps méconnaissable.

«Lili, elle, n’a plus d’idée précise de ce que lui renvoie son reflet. Ce qui la prend à la gorge, elle, quand, pour se préparer, elle est obligée de se regarder, c’est seulement cette impression, non, cette certitude de n’être personne, de ne ressembler à rien de vivant. Dès sa deuxième opération du visage elle a eu ce sentiment. Elle n’en a rien dit parce qu’il était trop tard et qu’il fallait maintenir l’illusion. Mais surtout, elle aimait cela : la destruction de ses traits, leur transformation, ce masque greffé sur sa chair, la dissimulaient.»