La rescousse

roman des hauts-fonds

de Joseph CONRAD

et G. JEAN-AUBRY (Traducteur), Sylvère MONOD (Préface)

La rescousse

Collection : L'Imaginaire

Éditeur : GALLIMARD

EAN : 9782070124244

ISBN : 978-2-07-012424-4

Pagination : 458 p.

Poids : 518 g.

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Coup de coeur de Charybde 2

Sans doute le plus beau roman de Joseph Conrad.

Publié en 1920, "La rescousse" est l'un des quatre derniers romans de Joseph Conrad, et fut longtemps à ce titre considéré par une certaine critique (avant d'être largement "réhabilité" à partir des années 1975-1980) comme "inférieur" aux romans plus connus de leur auteur, jugé parfois "fatigué et usé" à l'époque de son écriture.

Bien au contraire, je considère qu'il s'agit peut-être du meilleur roman de Conrad, et sans doute de celui qui reflète le mieux la complexité des constructions éthiques de ce grand maître du roman d'aventures, loin des relatives simplifications du "Nègre du Narcisse", de "Lord Jim" ou des novellas "Au cœur des ténèbres" et "Typhon".

Le roman est avant tout celui du personnage de Tom Lingard, commandant du "plus beau brick" d'Indonésie, lancé dans une folle équipée pour aider deux de ses amis malais, frère et sœur, à reconquérir leur royaume, en une dette d'honneur qu'il s'est lui-même imposée, et dans laquelle il engage, encore jeune alors, toute sa réputation, toute sa science et toute sa fortune - équipée dont la perturbation, par l'échouement d'un yacht anglais venu de Hong-Kong, à quelques encablures de la principale base d'opérations de Lingard, constitue le principal sujet apparent de l'œuvre.

Décrire l'intensité mise en jeu, le raffinement des conflits intérieurs du silencieux Tom Lingard (qui fournit d'ailleurs leur modèle de commandant aux trois maîtres plus tardifs du "roman de marine à voile", le Hornblower de Forester, le Bolitho de Kent, comme le duo Aubrey / Maturin d'O'Brian), la sobriété avec laquelle sont retranscrites la terrifiante violence et les complexités des fourberies des factions du conflit, et surtout la subtilité psychologique et morale ici développée, serait bien difficile, cette dernière pouvant peut-être expliquer à elle seule, au fond, que Conrad, qui avait commencé ce roman en 1897, pour être sa troisième œuvre en même temps que le troisième tome de la curieuse "trilogie à rebours" formée avec "La folie Almayer" (où Lingard apparaît très âgé) et "Un paria des îles" (où il est déjà vieillissant), en ait interrompu la rédaction pour se lancer dans le (relativement) facile "Nègre du Narcisse", et ne s'y atteler à nouveau que vingt ans plus tard...

Du très grand Conrad, du très grand roman, intelligent, raffiné, et terriblement poignant.

"Cet homme, autrefois si connu, aujourd'hui si complètement oublié, sur les séduisants et impitoyables rivages de ces petits-fonds, avait reçu de ses camarades le surnom de "Tom aux yeux rouges". Il était fier de sa chance et non de son jugement. Il était fier de son brick, de la vitesse de son navire que l'on considérait comme le plus rapide des bâtiments locaux qui fréquentaient ces parages, et fier de ce que représentait ce navire."

"La mer peu profonde qui écume et murmure sur les rivages de ce millier dîles, grandes et petites, qui forment l'archipel Malais a été, depuis des siècles, le théâtre d'aventureuses entreprises. Les vertus et les vices de quatre nations se manifestèrent pendant la conquête de cette région qui, aujourd'hui encore, n'a pas été complètement dépouillée du mystère et de l'attrait romanesque de son passé ; et les descendants de ceux qui ont lutté contre les Portugais, les Espagnols, les Hollandais et les Anglais, n'ont pas vu leur race modifiée par l'inévitable défaite. Ils ont conservé jusqu'à ce jour leur amour de la liberté, leur attachement fanatique à leurs chefs, leur aveugle fidélité dans l'amitié et dans la haine - tous leurs instincts licites et illicites. Leur pays de terre et d'eau - car la mer fut leur pays tout autant que le sol de leurs îles - est devenu la proie de la race occidentale, le prix d'une force supérieure, sinon d'une vertu supérieure. Demain l'avance de la civilisation effacera jusqu'aux traces de cette longue lutte en achevant son inévitable victoire."

Quatrième de couverture

« Il avait environ trente-cinq ans : il était droit et souple et avait l'allure dégagée d'un homme habitué à s'en aller à grandes enjambées par monts et par vaux. Ses cheveux châtain clair bouclaient autour de sa tête bien faite et sa barbe taillée court étincelait. Les yeux, comme s'ils brillaient de la lumière d'un feu intérieur, avaient dans leurs pupilles grises une lueur rouge qui communiquait une ardeur scrutatrice à la fermeté de leur regard. »

Tom Lingard, que l'on a connu vieux dans La Folie Almayer puis en pleine maturité dans Un paria des îles, est ici un jeune homme, à l'aurore de son prestige sans cesse menacé. Ce grand roman de mer et d'amour, qui oppose les droits de la vie et le tribut de la mort, complète la « trilogie malaise » de Joseph Conrad. Il possède, selon André Gide, « la même noblesse désespérée, la même détresse morale » que Lord Jim.

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