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Symphonie littéraire brillant dans les ténèbres.

Les enténébrés

Les enténébrés
de Sarah CHICHE
ed. SEUIL

Après qu’une vague de chaleur et les incendies ont ravagé les terres russes à l’été 2010, entraînant à leur suite des catastrophes inexorables en chaîne, Sarah, écrivaine et psychanalyste comme l’auteur de ce livre, rencontre à Vienne Richard K., violoncelliste à la renommée internationale beaucoup plus âgé qu’elle, point de départ d’un amour passionnel et d’une chute jusqu’aux portes de la mort.

« Nos yeux se rencontrent. La pensée me traverse de me défenestrer tout de suite pour nous épargner d’avoir à vivre la joie dévastatrice des années qui viendront. »

Tout oppose Richard K. à Paul, le compagnon de Sarah et le père de sa fille, intellectuel français au caractère assez froid, hanté par la question du réchauffement climatique et de l’extinction programmée de l’humanité.

La passion amoureuse de Richard et Sarah, leur attachement à leur couple et l’impossibilité d’un choix vont les dévorer de l’intérieur, faisant écho à la calcination omniprésente et annoncée du monde.

« Les semaines passent. Et jour après jour nous continuons à convulser jusque dans l’abîme, comme ces marionnettes dont on coupe les fils et qui juste avant de s’effondrer produisent une danse inouïe. Il arrive à Richard de penser que si mon enfant mourait, alors je quitterais plus facilement mon compagnon. Il m’arrive de penser que si Richard mourait, je serais débarrassée de l’enfer de contradictions dans lequel je croupis et je pourrais alors retrouver ma tranquillité. Il m’arrive de penser que si Paul mourait, je pourrais, avec mon enfant, quitter la France et partir vivre en Autriche. Il arrive à Richard de souhaiter la mort de sa femme. Il lui arrive de la détester d’être si aimante. Il lui arrive de me détester. Il nous arrive d’avoir envie de mourir tous les deux. »

Crépusculaire, la ville de Vienne est ce point névralgique où se rencontrent les catastrophes contemporaines (les réfugiés climatiques et politiques), la dévastation de l’Histoire (la torture et l’extermination des enfants au Spiegelgrund sous le nazisme) et cette passion incendiaire, qui va consumer ses protagonistes marqués par l’héritage des histoires de leurs aïeux, perturbations qui n’épargnent aucune vie et laissent partout pénétrer la violence et la nuit.

Les perturbations de l’histoire familiale de Sarah, et en premier lieu son lien à sa mère Ève, plongent le lecteur dans un faisceau d’époques et de personnages, du début du XXème siècle, aux années 1960 en Afrique de l’Ouest jusqu’à la période actuelle. Ève, très belle femme violente et vaillante, traumatisée par la folie de sa mère et par l’abandon et les défaillances de son père, a tissé une toile d’histoires et d’images autour de Sarah où démêler la fiction de la réalité apparaît comme l’œuvre d’une vie. Habitée par les voix et les images de l’histoire familiale, parfois comme dépossédée de sa matérialité, Sarah se vit souvent comme un corps fantomatique, spectateur hypermnésique de l’histoire de sa mère et de ses aïeux qui se déploient dans le livre, héritage avec ou contre lequel on se construit.

Le troisième roman de Sarah Chiche, publié en 2019 aux éditions du Seuil, s’impose comme un texte majeur, un roman qu’on voudrait relire à peine refermé pour saisir les tonalités et les motifs de son tissage, un chef d’œuvre de mosaïque romanesque où les personnages, les époques, et les variations polyphoniques s’entrelacent en un monde de ténèbres et de dévastation dans lequel des rais de lumière éblouissants viennent s’infiltrer, la possibilité de s’extraire d’engrenages destructeurs et les éclats radieux de l’amour maternel.

Entre les choix impossibles et les influences familiales, Sarah Chiche compose aussi avec « Les enténébrés » une méditation brillante sur la multiplicité de chaque être humain, guidé avant tout par les héritages et les failles invisibles, capable d’héroïsme, de déraison et de monstruosité à l’image de Pierre, le grand-père de Sarah, déporté à Buchenwald, exilé et échoué en Côte d’Ivoire.

« Je ne me considère pas comme une femme ni comme un homme. Tout au plus suis-je un personnage au sein duquel vivent d’autres personnages, tous parlant entre eux et formant une constellation dont je ne suis pas l’épicentre. J’ai la plus grande répugnance pour mes faiblesses, mais je vis. »

Nous aurons l’immense plaisir d’accueillir Sarah Chiche à la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris) ce jeudi 21 février 2019 à partir de 19 h 30.

Le monarque des ombres

Le monarque des ombres

Le monarque des ombres
de Javier CERCAS
ed. ACTES SUD

Anatomie d’une légende familiale refoulée, composant une impressionnante leçon d’Histoire et de littérature.

«Le monarque des ombres», publié en 2017 et traduit par Aleksandar Grujicic pour les éditions Actes Sud (à paraître le 29 août prochain) fait écho aux «Soldats de Salamine» (paru en 2001), le roman qui a fait connaître Javier Cercas.
Dans «Les soldats de Salamine», roman au titre et à la construction énigmatique, Javier Cercas évoquait comment Rafael Sanchez Mazas, poète et théoricien des phalangistes espagnols réussissait à échapper par miracle à son exécution par des républicains espagnols en déroute en 1939.

« Il s’appelait Manuel Mena et il est mort à l’âge de dix-neuf ans au cours de la bataille de l’Èbre. Sa mort advint le 21 septembre 1938, à la fin de la guerre civile, dans un village du nom de Bot. C’était un franquiste fervent, ou du moins un fervent phalangiste, ou du moins l’avait-il été au début de la guerre : il s’était alors engagé dans la 3ebandera de Phalange de Cáceres, et l’année suivante, fraîchement promu sous-lieutenant intérimaire, il fut affecté au 1er tabor de tirailleurs d’Ifni, une unité de choc appartenant au corps des Régulares*. Douze mois plus tard, il trouva la mort au combat, et durant des années il fut le héros officiel de ma famille. »

* Troupes de l’armée espagnole recrutées au Maroc espagnol (note du traducteur)

Né en 1919 dans un village isolé d’Estrémadure, terre ingrate et archaïque où les paysans vivaient toujours au début du XXème siècle sous le joug d’une servitude moyenâgeuse, comme dans les «Saint innocents» de Miguel Delibes, Manuel Mena appartenait à une famille de paysans ni riche ni pauvre, ayant réussi à louer des terres, et ayant depuis l’illusion d’être passée du côté des patriciens.

Le parcours de ce jeune idéaliste «ébloui par l’éclat romantique et totalitaire de la Phalange», mortellement blessé en 1938 lors de l’absurde bataille de l’Èbre, l’un des épisodes les plus sanglants de la guerre civile espagnole, est le sujet du «Monarque des ombres» mais Manuel Mena n’est pourtant pas l’unique personnage central de ce roman impressionnant de maîtrise. Comme «Les soldats de Salamine», «Le monarque des ombres» est un récit à plusieurs niveaux où Javier Cercas, écrivain narrateur qui n’est pas tout à fait l’auteur, enquête et tente de reconstituer la trajectoire de son grand-oncle, en même temps qu’il questionne son propre regard sur ce personnage familial considéré comme glorieux, sa honte d’avoir appartenu à une famille de gens modestes et pourtant franquistes, et ses propres scrupules à raconter l’histoire de cet homme qui l’assaille depuis des décennies.

« C’est seulement alors que je songeai à mon livre sur Manuel Mena, au livre que toute ma vie je remettais constamment à plus tard ou que je me refusais toujours à écrire, et je me rends compte maintenant que j’y pensais parce que je compris soudain qu’un livre était le seul endroit où je pouvais dire à ma mère la vérité sur Manuel Mena, où je saurais et j’oserais lui dire. Devais-je la lui dire ? Devais-je coucher par écrit l’histoire de celui qui symbolise toutes les erreurs et les responsabilités et la faute et la honte et la misère et la mort et les échecs et l’horreur et la saleté et les larmes et le sacrifice et la passion et le déshonneur de mes ancêtres ? Devais-je prendre en charge le passé familial dont j’avais tellement honte et l’ébruiter dans un livre ? »

Tout en menant l’enquête dans ce roman sans fiction, comme avant lui «Anatomie d’un instant» ou «L’imposteur», en explorant ses propres atermoiements, Javier Cercas tourne autour du point aveugle de l’engagement phalangiste de Manuel Mena et déploie sous nos yeux les antagonismes et ambiguïtés de l’histoire. Il nous donne aussi à lire une formidable leçon de littérature en train de se construire, en convoquant Dino BuzzatiHomère et la peinture de Goya. En effet, le personnage de Manuel Mena, au fur et à mesure de l’enquête, gagne en épaisseur et en complexité, pour finalement d’une statue froide et sans vie, triste héros ayant fait le choix du mauvais côté de l’Histoire, devenir un réel personnage qu’on dirait fait de chair, dont on peut sentir l’engagement, la complexité et les doutes, palpables tout comme ceux de l’auteur, qui à la fin ne doute plus et se décide à raconter l’histoire familiale de ce monarque des ombres.

Septembre 2018 : Charybde devient librairie de garde

Comme beaucoup d’entre vous le savent, la librairie Charybde a souffert économiquement, pour diverses raisons, au cours de ces douze derniers mois.

En conséquence, bien sûr, mais  aussi pour renouer avec plus de force que jamais avec notre tradition affirmée, événementielle et conviviale, nous avons décidé de devenir, à compter de la semaine du 10 septembre 2018, une librairie de garde, ouvrant tous les soirs à l’heure où les lions vont boire et où de nombreux rideaux se ferment ailleurs, de 19 h 00 à 22 h 00, du lundi au vendredi. Au programme, soirées et rencontres, plus que jamais, une fois à trois fois par semaine, avec le programme éclectique que tant d’entre vous ont appris à apprécier au fil de ces sept premières années, mais aussi apéritifs aussi permanents qu’improvisés, avec éventuelles discussions passionnées de littérature et d’essais, de poésie et de genres, de frontières et de marges artistiques qui, vous le savez, sont nos principaux moteurs depuis l’origine.

Pour pérenniser ce projet allégé, mais ô combien conforme, nous semble-t-il, à notre essence et à ce que vous aimez chez nous, et pour préparer la prochaine étape de notre mutation, votre soutien est plus que jamais indispensable, par votre présence attentionnée bien entendu, par vos achats très évidemment, mais aussi par l’engagement à distance que nombre d’entre vous ont su développer avec une grande gentillesse : notre service de commande et de vente par correspondance reste bien entendu totalement disponible sur le site, 24 h / 24 et 7 j / 7. C’est bien par vous toutes et vous tous que notre librairie de garde donnera sens à ces mots, mélange heureux de pharmacie pour la disponibilité en soirée, au moment crucial, et de bon vin pour la durée de vie et la bonification de textes qui ne sont jamais de simples « nouveautés ».

Nous espérons un joli vent dans ces voiles atypiques que nous aimons tant, et, nous le croyons, que vous êtres nombreuses et nombreux à apprécier aussi.

Toxoplasma

Toxoplasma

Toxoplasma
de Sabrina CALVO
ed. LA VOLTE

Hackers en folie et Commune Libre de Montréal en métaphore uchronique d’un âge d’or déliquescent à toujours réinventer.

« Même pas en rêve, cousin ! » : le nouveau roman de David Calvo, publié en ces jours d’octobre 2017 à La Volte, est sans aucun doute l’une des expériences littéraires les plus époustouflantes que j’ai rencontrées dernièrement. Imaginant (et nous forçant doucement à imaginer) un futur qui se révèle progressivement uchronique (et dont je vous laisserai découvrir les détails convulsifs à la lecture), il nous entraîne, à la suite déjantée de deux hackeuses et d’une conservatrice de vidéos VHS d’horreur – dépassées et néanmoins presque sanctuarisées -, dans un hallucinant remake, en forme d’analyse post-mortem aussi et surtout, des raids mêlant univers « virtuels » et univers « réels » de la grande époque où la littérature de fiction découvrait les profondeurs des réseaux informatiques et les verres miroirs. Sachez seulement qu’il y eut et qu’il y a guerre de l’eau, que le réseau internet mondial s’est effondré pour diverses raisons (dont l’évocation vous fera, selon les moments et votre humeur, sourire ou frémir), que l’Islande fait ici figure de paradis libertaire et de référence ultime d’un monde disparu ou en voie de réinvention totale, selon que vous choisirez une lecture optimiste ou une lecture pessimiste de ces 360 pages haletantes, que les entreprises sont bien évidemment plus puissantes – en réalité comme en fiction – que la plupart des États reliquaires instrumentalisés, et que la Commune Libre de Montréal (dont l’auteur fréquente au quotidien la version correspondante dans ce qu’il est convenu d’appeler notre monde à nous) y constitue un étrange îlot expérimental, en voie de résorption et d’absorption à l’heure où le roman commence.

Le mercredi au Millenium, les enfants cherchent des films d’horreur autorisés par des parents dépassés. Nikki navigue à l’œil, conseillant des bandes qui ne devraient pas être vues, ni par un enfant, ni par un adulte. De l’épouvante canadienne tournée pendant le tax break de la fin des années 70, des films amateurs, véritables boucheries salopées. C’est leur kif.
– Bon alors,
Things tu vois, dit-elle à une gamine de neuf ans en salopette, c’est l’histoire de deux frères dans une cabane, qui viennent rendre visite à un troisième, qui fait des drôles d’expériences, et on se rend vite compte qu’il va utiliser ses frères pour des expériences, et qu’il y a une sorte de fourmi mutante géante dans le frigo, carnivore. Ça se finit à la tronçonneuse.
Ça l’amuse de voir ces enfants embrasser l’imaginaire, se tenir loin du Betamax pour continuer de perpétuer le savoir-faire, l’unique saveur de ces parasites. Le combat lui semble soudain plus important : les adeptes du Beta ne font pas la place au film d’horreur, ils obéissent aux grosses machines culturelles qui dirigent le monde et les gouvernements, morale totale, à grand renfort d’effets spéciaux et de messages clairs. Aucune des grandes licences, aucun réalisateur célèbre, ne s’intéresse plus à la VHS. C’est un monde souterrain, approximatif, réservé à des rêveurs, des exilés. Pouvoir transmettre ça, c’est devenu un combat, économiquement condamné. Autant dire : non existant.

S’il maîtrise au millimètre le matériau esthétique du cyberpunk littéraire, David Calvo ne se contente pas du tout de nous en fournir une version actualisée et puissamment déglinguée. Aussi joueur que dans son magnifique (et – déjà – islandais) « Elliot du Néant », mais moins purement énigmatique, il tisse un réseau serré de références habilement détournées, où voisinent avec ferveur une complainte de phoque en Alaska, une beautiful laundrette (pardon : buanderette !) transformée en nouveau temple numérique de Delphes, des gamins en BMX empruntés peut-être au Marseille de « Taxi 3 », un probable avènement de chats quantiques, les doses nécessaires de rhétorique pour radicaux, un attrape-rêves digne des Sarah Connor Chronicles, voire – qui sait ? – un hommage à la balle lente de Iain M. Banks (il y a des drones qui ne se perdent pas…) et aux ramifications groupusculaires de Ken McLeod. Le réseau de résonances ainsi mis en œuvre n’a rien de gratuit, et sert au contraire, tandis que s’explicite peu à peu une partie de la nature de la divergence uchronique ici en jeu, à faciliter l’interpénétration entre une certaine réalité et les tropes du jeu vidéo, aux accents de la discrète mélodie de David Cronenberg et dans des décors virtuels que n’aurait pas reniés George Alec Effinger.

Kim reprend son burger, tire une feuille de salade mourante. Ira leur avait sorti le grand jeu, il savait qu’elle allait y mordre, que c’était du tout cuit, une semelle. La Vectracom est l’une des corpos les plus en vue de Montréal, une sorte de spécialiste de la domotique qui avant la Commune chiait de la commodité pour jeunes friqués incapables d’essorer une salade sans avoir besoin d’un machin connecté intelligent. Dans ses nouveaux jolis bureaux avec entrée directe dans les souterrains, une belle porte vitrée avec moquette, la Vectracom est encore la façade arrangée d’un monde néolibéral embourbé dans son confort. Kim rêvait de les killer depuis qu’ils avaient commencé à vendre des montres pour mesurer les calories brûlées pendant le temps passé sur l’ordi.

Si la structure ou l’absence de structure de l’île de Montréal de « Toxoplasma », ainsi que le contexte politico-militaire qui l’entoure, restent largement à la charge de la lectrice ou du lecteur, David Calvo se fait en revanche davantage directif lorsqu’il s’agit de donner à ressentir (comme souvent chez lui – et pas uniquement dans « Sous la colline ») la prégnance des paris architecturaux effectués jadis par et pour l’homme, et plus encore de rendre compte presque charnellement d’un modus operandi et d’une esthétique hacker, allant bien au-delà, tant en finesse qu’en réalisme potentiel, de l’invocation rituelle (par les personnages du roman eux-mêmes !) en direction de William Gibson, par loas de feu la toile (qui ont été remplacés – ad hoc – par un panthéon grec pour doter les arpentrices et arpenteurs de souterrains d’un langage commun) et par consoles Ono-Sendai interposées.

– Dites, les filles, ça vous dirait de venir faire votre boulot  ? dit Jove en revenant leur montrer trois cartouches de ce qui semble être un virus démodé.
Sur l’étiquette, un signe cabalistique. Kim secoue la tête. Mauvais karma, quand les programmeurs utilisent l’occultisme ou l’ésotérisme pour masquer leur manque d’inspiration. Se reposer sur une prière pour faire marcher un programme n’a jamais rien donné, malgré tous les rituels nécessaires pour démarrer des protocoles poussiéreux.

Si le microcosme dans lequel cohabitent tant bien que mal tant de communautés humaines possibles (et l’on pensera peut-être ici au beau « Zazen » de Vanessa Veselka : il s’agit bien ici aussi, pour une bonne part, de savoir avec Claro « Comment rester immobile quand on est en feu ? ») peut tenir lieu d’une gigantesque métaphore en termes spécistes et anti-spécistes, il y a bien à l’œuvre dans « Toxoplasma » la sourde révolte planétaire qui hante « La forêt des mythimages » de Robert Holdstock comme la série suédoise « Jordskott ». Une bonne part de la clé de l’énigme suppose de suivre à la trace un crapaud-taureau d’un genre un peu particulier, tandis que la meilleure théorie néo-conspirationniste dans cet univers fragmenté qui n’en manque pas semble bien mettre en jeu les chats et la toxoplasmose. Et il n’y a, dans ce jeu furieux, pas autant de hasard qu’on pourrait le penser d’abord. Comme le disait David Calvo en réponse à une question de Richard Comballot dans l’excellent recueil d’entretiens, « Clameurs » : « C’est une mise à disposition de tes rêves, tu les donnes aux autres en espérant que ça aidera à étendre leur perception. C’est comme une fleur, cueillie là-bas, qu’on offre. J’ai appris à construire des mondes, mais en vérité, pour moi, il s’agit en fait de révéler des possibles qui existent déjà. » Et ce cadeau-ci est particulièrement somptueux.

Le post-humain c’est un truc marketing pour aider les plus riches à se sentir spéciaux.

L'instant décisif

L'instant décisif

L'instant décisif
de PABLO MARTIN SANCHEZ
ed. CONTRE ALLÉE (LA)

Chaque jour peut contenir toute une vie : Comme Rafael Chirbes l’avait fait avant lui dans «La chute de Madrid», Pablo Martín Sánchez concentre l’action de son roman en une unique journée de mars 1977, qui se trouve être le jour de sa naissance, et réussit à brosser une fresque de la société espagnole en pleine effervescence avant l’organisation des premières élections démocratiques – cette période dont Javier Cercas a formidablement décortiqué les convulsions dans «Anatomie d’un instant».

«Aujourd’hui tu vas naître. Tu ne devrais pas, mais tu vas naître. Tu ne devrais pas parce que là, dehors, c’est l’enfer. Des manifestations tous les jours. Les gens parlent d’élections. D’attentats. D’amnistie. Et tu es si bien dans ta grotte. Bien au chaud. En apesanteur. Pas besoin de respirer, ni de manger, ni de pleurer. A quoi bon, puisque personne ne t’entend ? Gigoter, oui. Donner des coups avec les mains. Comme un boxeur ou un karatéka. Démontrer que tu es prêt à affronter la vie. Un milieu hostile. La vie te donne beaucoup, disent les gens. Mais la première chose qu’elle te donne, ce sont deux claques sur les fesses. Comme celles qu’on entend dans la pièce d’à côté, suivies de pleurs déchirants.»

La suite sur le blog Charybde 27 :

https://charybde2.wordpress.com/2017/10/22/note-de-lecture-linstant-decisif-pablo-martin-sanchez/

 

 

Charybde ouvre désormais le mardi

À partir du mardi 5 septembre 2017 (inclus), la librairie sera aussi ouverte le mardi, de 10 h 00 à 22 h 00, et c'est Hugues (Charybde 2) qui tiendra la boutique ce jour-là et ce soir-là.

Black Village

Black Village

Black Village
de Lutz BASSMANN
ed. VERDIER

«Les mots ont le pouvoir d’illuminer la noirceur». Cette célèbre phrase de la correspondance de Samuel Beckettsemble épouser parfaitement la nouvelle œuvre de Lutz Bassmann, «Black Village», paru le 24 août aux éditions Verdier. Les narrateurs du post-exotisme prennent la parole dans des conditions de tragique extrême, prisonniers d’un espace indéterminé, entre vie et mort. «Black Village» débute lorsque Goodmann, qui progresse difficilement et lentement après son décès dans l’espace noir en compagnie de Myriam, Tassili et du narrateur, décide d’allumer une flamme incertaine.

Lire la suite sur Charybde 27

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